Ces larmes ne coulent pas
Elles affleurent seulement
Portent mille blessures
Mais elles restent en-dedans
Ces larmes ne sèchent pas
Et ne semblent pourtant
Jamais vouloir sortir
De leur sombre carcan.
***
Elles patientent, ces larmes
Telles les laves d’un volcan
Perdues dans un magma
Fait de terre et de sang
Attendant le grand soir,
Leur heure pour exploser
Et recouvrir de noir
Les pentes dévastées
***
Bombarder à tous vents
Leurs roches de mémoire
Aux éclats menaçants
Qui brisent les miroirs
Et les rêves d’enfant
Les idéaux détruits
Pétrifiés par le temps
Ravagés par la suie
***
Ces larmes ne veulent pas
Sortir de leur écran
Elles résistent au soleil
Aux coups et aux tourments
Et prennent l’ascenseur
Descendent les étages
Direction petit cœur
Remontant folle rage
Elles se perdent en chemin
Pour étouffer les sons
Les peines et les chagrins
Qui brouillent l’horizon
***
Il n’est qu’en écriture
Qu’elles se mettent au repos
Refermant les blessures
Le temps de quelques mots
C’est là qu’elles prennent alors
Un tout autre reflet
Se changent en rivières d’or
Ou en fleuves bleutés
Provoquent des arcs-en-ciel
Nuancent les pensées
Pour en garder le miel,
L’air pur et la beauté
***
Elles roulent dans les doigts,
Et elles encrent les plumes
Elles nous soufflent des voix
Des lueurs dans la brume
Et sans qu’on s’y attende
Enfin loin des combats
Bravant jeunes tempêtes
Conjurant vieux effrois
Il se peut qu’elles s’endorment
Doucement, pas à pas
Ou qu’elles se transforment
En des larmes de joie…
©Marie Pouliquen